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IFRS

Publié le par Bertrand Ricque

Non, ce n'est pas une nouvelle sorte d'OVNI ni de téléphone mobile.

International Financial Reporting Standards : ce sont des normes comptables internationales pour l'établissement des bilans des entreprises. Au départ, comme d'habitude, une excellente intention. Tout le monde parle le même langage, comme çà on se comprend et on peut faire des comparaisons d'entreprises.

Evidemment, comme pour n'importe quelle norme, il y a des possibilités d'interprétation. C'est là que cela vire au comique pour initiés (les seuls non initiés dans l'affaire étant les analystes financiers qui lisent les bilans et leurs clients qui écoutent leurs recommandations).

Pratiquement tous les projets que j'ai piloté ont vu leur référentiel financier changer au fil du temps. D'une année sur l'autre on ne compte pas les coûts de la même façon. Avec des variations allant jusqu'à 25% du chiffre d'affaires. Autant  dire que dans ce contexte des objectifs de marge ou de coûts à 1% près relèvent du gag. Avec l'expérience, on accepte ses objectifs en opinant du chef, on fait de son mieux et on ne s'étonne pas des changements de trajectoire ultérieurs.

Voici donc un mode d'emploi succint et caricatural des IFRS pour un dirigeant arrivant dans une entreprise (en pratique il faut quand même la jouer plus fin, mais l'esprit est là) :
* première année : vous expliquez que la marge sera très mauvaise car votre prédécesseur avait omis de provisionner des surcoûts en transformant des frais de recherche et développement en coûts de la production (théoriquement c'est formellement interdit, mais qui est capable de savoir la différence ?), Vous provisionnez partout et à mort et passez toutes les pertes possibles et immaginables). Jouez la très conflictuel, voire même juridique, c'est plus crédible,
* seconde année : vous pressurez vos subordonnés sur les coûts de production et limitez la recherche et développement à ce qu'ils peuvent financer eux-mêmes dans les limites de vos objectifs de marge (normalement entre rien du tout et pas grand chose). Vous reprenez une partie des provisions de l'année d'avant (que c'était pas votre faute, mais que grâce à vous c'est moins pire que çà aurait pu être). Résultat : la marge grimpe,
* troisième année : vous refaites un bilan des coûts de la production mais en excluant les pertes des années précédentes puis vous extrapolez les années suivantes sur cette base. Votre bilan est peint en rose et le cours de l'action explose,
* quatrième année :  comme vous ne faites plus de recherche et développement, vous commencez à perdre des clients. Il est temps de vendre avant que vous ne plongiez dans la vague que vous avez créée à moins que vous ne choisissiez de passer la main à votre successeur...

Si en plus vous avez la chance d'être vendu, ou de changer de logiciel de comptabilité, vous jouez sur du velours. Les seuls qui payent vraiment sont les clients et plus rarement les actionnaires.

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