Jeudi 15 octobre 2009 4 15 /10 /2009 08:00
Non, ce n'est pas une nouvelle sorte d'OVNI ni de téléphone mobile.

International Financial Reporting Standards : ce sont des normes comptables internationales pour l'établissement des bilans des entreprises. Au départ, comme d'habitude, une excellente intention. Tout le monde parle le même langage, comme çà on se comprend et on peut faire des comparaisons d'entreprises.

Evidemment, comme pour n'importe quelle norme, il y a des possibilités d'interprétation. C'est là que cela vire au comique pour initiés (les seuls non initiés dans l'affaire étant les analystes financiers qui lisent les bilans et leurs clients qui écoutent leurs recommandations).

Pratiquement tous les projets que j'ai piloté ont vu leur référentiel financier changer au fil du temps. D'une année sur l'autre on ne compte pas les coûts de la même façon. Avec des variations allant jusqu'à 25% du chiffre d'affaires. Autant  dire que dans ce contexte des objectifs de marge ou de coûts à 1% près relèvent du gag. Avec l'expérience, on accepte ses objectifs en opinant du chef, on fait de son mieux et on ne s'étonne pas des changements de trajectoire ultérieurs.

Voici donc un mode d'emploi succint et caricatural des IFRS pour un dirigeant arrivant dans une entreprise (en pratique il faut quand même la jouer plus fin, mais l'esprit est là) :
* première année : vous expliquez que la marge sera très mauvaise car votre prédécesseur avait omis de provisionner des surcoûts en transformant des frais de recherche et développement en coûts de la production (théoriquement c'est formellement interdit, mais qui est capable de savoir la différence ?), Vous provisionnez partout et à mort et passez toutes les pertes possibles et immaginables). Jouez la très conflictuel, voire même juridique, c'est plus crédible,
* seconde année : vous pressurez vos subordonnés sur les coûts de production et limitez la recherche et développement à ce qu'ils peuvent financer eux-mêmes dans les limites de vos objectifs de marge (normalement entre rien du tout et pas grand chose). Vous reprenez une partie des provisions de l'année d'avant (que c'était pas votre faute, mais que grâce à vous c'est moins pire que çà aurait pu être). Résultat : la marge grimpe,
* troisième année : vous refaites un bilan des coûts de la production mais en excluant les pertes des années précédentes puis vous extrapolez les années suivantes sur cette base. Votre bilan est peint en rose et le cours de l'action explose,
* quatrième année :  comme vous ne faites plus de recherche et développement, vous commencez à perdre des clients. Il est temps de vendre avant que vous ne plongiez dans la vague que vous avez créée à moins que vous ne choisissiez de passer la main à votre successeur...

Si en plus vous avez la chance d'être vendu, ou de changer de logiciel de comptabilité, vous jouez sur du velours. Les seuls qui payent vraiment sont les clients et plus rarement les actionnaires.

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Mercredi 14 octobre 2009 3 14 /10 /2009 08:00
Bon alors à la suite des deux précédents posts vous avez dû comprendre que l'industrie perdait beaucoup d'énergie (et d'argent, mais pour moi le travail de mes équipes passe avant) à faire de la mauvaise qualité (d'où le corollaire que avant d'optimiser, il faudrait déjà travailler correctement sinon on optimise à côté de la plaque).

Donc fort de ces constatations, j'ai toujours abordé mon management en lui tenant à peu près ce langage (sans le fromage).

Hola, Monsieur du DG. Voyez comme en passant 5 jours à développer nos programmes, nous en passons ensuite 30  (au lieu des 10 prévus) à tout mettre au point dans une ambiance cataclysmique avec un client fou furieux. Ne vaudrait-il pas mieux en passer correctement 10 tout de suite en appliquant les règles de l'art pour être tranquilles ensuite ?

Les réponses varient :
* Non, si on en met 10, on sera trop cher. - Oui mais on va de toute façon en perdre 20 quand même. - On verra après...
* Vous avez peut-être raison mais on a toujours fait comme çà.
* Vous avez effectivement raison mais ce n'est pas dans le contrat.
* Je ne comprends pas de quoi vous voulez parler. C'est quoi les règles de l'art ?

Ce type de réponse ne vaut évidemment pas la peine d'user sa salive.

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Mardi 13 octobre 2009 2 13 /10 /2009 08:00
Qu'est-ce qu'un logiciel industriel ? C'est un programme en prise avec le monde réel et qui doit par exemple démarrer un moteur quand on appuie sur un bouton.

Qu'est-ce qu'un logiciel critique ?
C'est la même chose sauf que en plus :
* il ne faut pas qu'il démarre le moteur quand on n'appuie pas sur le bouton,
* le moteur doit effectivement démarrer quand le logiciel le lui demande,
* le moteur ne doit pas s'arrêter sans que l'on ait appuyé sur un autre bouton,
* il ne doit pas y avoir de cas où le logiciel ne sait pas quoi faire,
* vous pouvez en trouver d'autres, la liste n'étant pas limitative...

Vous me direz que quelqu'un qui fait bien son travail ne devrait pas voir la différence et que ce n'est qu'une question de qualité. En effet, c'est bien une question de qualité et l'on constate que :
* il est beaucoup plus facile, et moins cher, de faire de la "mauvaise" qualité,
* il y a des domaines où la "mauvaise" qualité suffit,
* le niveau de compétence pour faire de la qualité est significativement plus élevé (on passe globalement de bac + 2 à bac + 4/5),
* les acheteurs de logiciel ne se posent pas la question de la qualité. Ils veulent que çà démarre quand on appuie sur le bouton, un point c'est tout. Ce n'est qu'après (trop tard) qu'ils s'aperçoivent que ce n'est pas si simple (et plus cher).

Ce genre de considérations peut être constaté de manière assez comique dans l'industrie automobile.

A ma droite, les petits génies du logiciel embarqué qui vont vous faire l'ABS et autres fonctions de régulation de vitesse avec toutes les règles de l'art. On les rencontre régulièrement dans des séminaires internationaux avec leurs collègues de l'aéronautique, du ferrouviaire et du nucléaire.

A ma gauche, les automaticiens qui réalisent les machines d'assemblage des voitures et doivent faire face régulièrement à des arrêts de chaînes inopinés. Ils ont simplement progammé, comme on le leur demandait, des moteurs qui démarrent quand on appuie sur le bouton, et rien de plus.

Vous me direz, pourquoi ne se parlent-ils pas puisqu'ils sont dans la même entreprise ? Depuis plus de 15 ans que je leur demande, il paraît que ce n'est pas possible car ce n'est pas dans la culture.
Sic transit gloria mundi...

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Dimanche 11 octobre 2009 7 11 /10 /2009 20:39
C'est le titre d'un livre d'Ilya Prigogine. Un des premiers et rares livres scientifiques que j'ai acheté et lu. Prigogine était un thermodynamicien qui donnait dans la philosophie. Un individu génial qui est parti de la politique pour arriver à la thermodynamique en passant par la psychologie et la biochimie. Ses extrapolations à l'urbanisme des structures dissipatives et de l'auto-organisation m'avaient laissé pantois dans les années 80.
Il nous présente une vision du monde intéressante en ce sens qu'elle n'est ni gaussienne, ni liée à la théorie du chaos, ni fractale.
Bien, je ne m'avance pas plus sur un terrain que je ne saisis qu'à moitié. C'était juste une entrée en matière pour faire un bilan de quelques projets significatifs auxquels j'ai collaboré ou que j'ai directement piloté depuis 20 ans.

Centrale électrique aux Philippines : marge brute à 0. Sauvé par un typhon en mer de Chine. L'assurance rembourse sur la base d'un bordereau très avantageux. Pourquoi se démener pour améliorer la marge ?
Centrale électrique en Inde : le projet démarre alors que le devis du fournisseur avait 12 ans d'âge (et un choc pétrolier). Nous finissons dans les temps et devons stocker le matériel pendant presque un an en attendant l'autorisation de livrer. Pourquoi se presser ?
Usine d'incinération d'ordures ménagères aux Pays-Bas : 9 mois de retard. 17 personnes en 2x12 au lieu de 3 pour démarrer le site. Arrêt des travaux pendant 3 semaines pour causes d'inondations (crues de la Meuse et du Rhin). Pourquoi rattraper les bêtises des autres ?
Complexe gazier au Moyen-Orient : Grâce à un client préoccupé par son étage à La Défense, sa nécessité d'humilier périodiquement ses fournisseurs et ses tapis de prière, et à un commercial hors pair, nous nous ménageons de bonnes marges.
Ligne d'assemblage de voiture chez un de nos constructeurs nationaux : 1 mois de retard. Mais bon, cette année là chez ce constructeur, aucune de ses usines n'avait redémarré dans les délais après les travaux d'été. Et le ratio coût d'investissement/véhicule avait été doublé. On n'est qu'une goutte dans l'océan.
Ligne d'usinage chez un constructeur automobile : une fois terminée la ligne a une capacité de 35% du nominal. On l'améliore à grand renfort de simulation de flux (mais pas des automatismes, donc on simule le corps mais pas le cerveau...) et on atteint glorieusement 45%. La ligne reste en l'état. On récolte ce que l'on a semé.
Système de préparation de commandes dans le grande distribution : plus d'un an de retard. Trop complexe par rapport aux moyens humains mis en oeuvre. Mais on fini par y arriver. Le management de la société saute au passage.
Système d'armement : 7 ans après la signature du contrat, la société a changé d'actionnaires et de management, de logiciel comptable et deux fois de règles comptables. On peut dire ce que l'on veut du résultat financier du programme.

Ces projets cumulent tous trois aspects intéressants des projets d'ingénierie :
1 - ce sont des systèmes hautement automatisés faisant appel au génie logiciel.
2 - ce sont des projets dont le résultat (coûts, délais, qualité) est très sensible aux évènements extérieurs et au méthodes de travail.
3 - le résultat n'existe pas. La seule chose qui existe c'est la manière de le mesurer.

Ces trois points feront donc l'objet de prochains posts.

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Samedi 10 octobre 2009 6 10 /10 /2009 16:38

Les religions ont commencé comme instrument du(de) pouvoir et d’explication de l’existence de l’homme et de l’univers, puis se sont habillées d’aspects spirituels. Force est de constater que les relations entre les individus ou les sociétés et les religions se sont cristallisées sur des domaines qui n’ont rien à voir avec le spirituel. D’ici a confirmer que la spiritualité n’a jamais été qu’un prétexte, il y a un pas que je n’hésite pas à franchir. La spiritualité est à mon sens la relation que l’homme entretien avec lui-même dans une perspective d’harmonie intérieure et sociale. La psychanalyse et la psycho-sociologie sont donc les outils primordiaux pour progresser individuellement et collectivement dans ces domaines. Les objectifs poursuivis sont eux du ressort de la philosophie et certainement pas de la politique ou de la théologie.

 

Maintenant, chacun pense ce qu’il veut dans ce domaine, tant qu’il ne l’impose pas à son conjoint, ses enfants, son entourage et le reste du monde.

Au vu de ce qui se passe autour de nous, je vais boire un coup pour oublier.


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Vendredi 9 octobre 2009 5 09 /10 /2009 08:37

Vous savez que je tire ma grande érudition de mes nombreuses lectures de bandes dessinées (c’est pas de moi mais d’un de mes copains de promo, auteur du dicton désormais célèbre dans le cercle (restreint) des militaires en rupture de ban : « Soldat au feu c’est bien, soldat du feu c’est mieux »).

 

Je vous conseille donc la (re)lecture du « Voyage en Italie » de Cosey. Cet ouvrage synthétise de manière délicate ma vision idéaliste et romantique des occasions manquées qui jalonnent ma vie.

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