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Réalités et biais cognitifs

Publié le par Bertrand Ricque

Le post de Facebook ci-dessous est intéressant à plus d'un titre.

Primo, Stéphane Hessel est mort depuis trois ans. Je ne sais pas s'il aurait endossé le commentaire. C'est possible, mais je trouve étrange de faire parler les morts, ou plutôt de s'approprier leur aura.

Secundo, le commentaire transforme un article assez fouillé et technique exposant des faits en un texte émotionnel faisant appel aux émotions au lieu de faire appel à la raison comme le texte d'origine.

Tertio, comme dans beaucoup de sujets politiques et économiques d'actualités, le commentaire mélange deux sujets, d'ordre de grandeur différents, et découplés, pour tenter, inconsciemment de faire croire que l'on peut régler un problème en en réglant un autre.

Effectivement, il doit être possible de contrôler les marges des sociétés pharmaceutiques. A l'extrême limite, il s'agit d'un service public. Le principe existe dans l'armement et fonctionne (mal). L'état audite les comptes et "octroie" indirectement une marge en définissant des taux horaires et des taux de marge sur les achats. L'effet pervers évident, est que plus vous faites de marge, moins on vous octroie des taux intéressants, donc plus vous avez intérêt à démontrer que la vie est dure et que vous ne gagnez rien. La manière la plus simple étant de ne pas gagner trop tout court. Et le plus simple pour cela est de ne pas être rentable et productif. De quoi justifier le capitalisme le plus libéral.

Donc d'un côté on se plaint des marges éhontées (en %) des sociétés pharmaceutiques sur certains produits, qui sont souvent (mais pas toujours) ceux qui génèrent de faibles volumes. Le commentaire pourrait s'intéresser à la marge en volume et pas seulement en %.

Par ailleurs, en regard de ce constat négatif sur les marges, le commentaire met les dépenses de la collectivités en expliquant que les coûts des médicaments les limitent et limitent donc les soins. La conclusion, à peine en creux, est que la limitation des soins est due aux marges.

Conclusion totalement fausse. De la même façon que l'élimination des inégalités sociales ne fera pas de croissance et ne permettra pas la poursuite du progrès social, tout au moins tel qu'il est conçu aujourd'hui.

La réduction des marges des sociétés pharmaceutiques peut être un souci moral. Ce peut aussi être une préoccupation financière pour optimiser les dépenses. Cela irait donc "dans le bon sens". Sauf si, mais c'est une histoire, les effets négatifs (capacité d'investissement dans la recherche, etc...) l'emportaient sur les effets positifs.

Il n'en reste pas moins que cette réduction de marge doit être mise en face des besoins de financement pour soigner les malades qui ne le sont pas actuellement, et ce en volume. Ce que le commentaire ne fait pas. La moindre des honnêtetés intellectuelles aurait été d'écrire : ainsi on gagne tant, à mettre en face d'un besoin de financement de tant.

Ce type de commentaire élude le fait que nous ne ferons pas l'impasse du débat sur les limites. Limites de consommation de ressources naturelles, limites de dépenses publiques face à des recettes décroissantes, limites à la durée de la vie. La science et la médecine doivent-elles avoir comme objectif de rallonger la durée de la vie ? Ce qui, actuellement, ne se fait pas à coût constant, ni décroissant.

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