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Travail

Vendredi 7 mai 2010 5 07 /05 /Mai /2010 16:34

Dans une récente réaction, Daniel Cohn Bendit fustige l'attitude de la France et de l'Allemagne qui auraient soumis l'aide apportée à la garantie de l'exécution des contrats d'armement, conclus par le précédent gouvernement Caramanlis, actuellement en cours entre les trois pays. Cette réaction appelle de ma part quelques commentaires :

  • A ma connaissance un bon nombre de contrats en cours ot été conclus par l'avant-dernier gouvernement (PASOK), dont notamment les mirage 2000-5 (Dassault), les drones (Sagem) et les NH90 (Eurocopter). Pour les sous-marins (Krupp) et les chars Leopard 2 (Krauss Maffei Wegman), je ne suis pas sûr.
  • Les contrats cités par Daniel Cohn Bendit ne me semblent en fait pas encore signés (Frégates FREMM) mais simplement en discussion.
  • Il ne s'agirait donc pas d'obliger les grecs à terminer des contrats en cours (ce que me semble tout de même normal) mais de les contraindre à poursuivre leurs dépenses militaires chez nous.
  • Compte-tenu du fait que le premier poste de dépenses publiques à réduire est celui de la défense (avant l'église, mais çà c'est une autre question), sa réaction semble pour le moins justifiée.
  • Ceci dit, les actuelles frégates grecques sont anté-diluviennes et ils ne font pas que s'amuser avec les turcs puisqu'ils participent aux activités anti-piraterie au large de la Somalie. Alors ....
  • Certains de ces contrats font avant tout travailler des grecs, comme dans le cas de celui des sous-marins dont la coque est construite dans des chantiers navals grecs (à actionnaire majoritaire allemand toutefois) et dont la cessation d'activité ferait immédiatement 3000 chômeurs. Pas simple là non plus...
  • La plupart de ces contrats sont assortis de "lourdes" obligations de co-production et de marchés de compensation (contre lesquels l'agence européenne de défense lutte en vain). Ceci fait aussi travailler des grecs.
  • La non-finalisation des contrats en cours ferait perdre beaucoup d'investissements aux sociétés qui les ont entamées.
  • L'imbroglio juridique et financier qui résulterait de l'arrêt des contrats en cours serait quasiment inextricable.
  • Les employés français et allemands des sociétés concernées seraient certainement très ennuyés de voir, pour certains, leur plan de charge et leurs perspectives d'avenir s'envoler sans compensation.

Donc ne pas encourager les grecs à poursuivre leur politique d'armement disproportionnée, oui. On pourrait d'ailleurs les y aider en résolvant le problème de Chypre et en calmant les turcs. Mais ne pas terminer les contrats en cours, non.

Par Bertrand Ricque - Publié dans : Travail
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Mardi 20 avril 2010 2 20 /04 /Avr /2010 14:57

Ceci pour d'une part ramener le débat sur un terrain un minimum rationnel et d'autre part mettre en évidence l'écart qui existe entre France Inter et France Culture, ou entre le grand public et les spécialistes.

Pour commencer, aucune des considérations ci-dessous n'est ni secrète ni cachée par qui que ce soit. Il suffit d'avoir envie de s'informer et de chercher un peu.

Premier point, les autorités sont paralysées et réagissent trop lentement. C'est faux et ceux qui se plaignent sont dans deux catégories. Primo, Les compagnies aériennes à qui on pourrait rappeler que les autorités européennes ont fait leur travail en leur temps. C.f. le témoignage d'un collègue britrannique :

" I was part of the EUROCONTROL committee that drafted the contingency planning guidelines for ATM in Europe. We worked for almost three years to consider how best to coordinate the closure of airspace and the reopening process in circumstances that included volcanic ash, based on the experience following Mount St. Helens. During that time we had little or no interest from the airlines or the airports because they could not see the relevance of the work for their operations. The main argument put forward was that situations similar to those we face today could be addressed by the extension of existing business continuity

provisions. All the best,

Chris."

Secundo, les voyageurs qui seraient les premiers à hurler au premier avion tombé par terre.

Second point les enjeux réels. Il s'agit de savoir ce qui est le pire : interdire la circulation aérienne tant que l'on a pas de moteurs d'avions dont on est sûrs qu'ils résistent aux particules abrasives, ou quelques accidents. Pour choisir il faut comparer les alternatives et leur coût. Combien coute une semaine d'arrêt du transport aérien : on sait. Combien de temps faut-il pour faire des essais représentatifs sur des moteurs, en déduire la réduction de leur durée de vie (surcoût), en déduire leur nouvelle probabilité de panne : on ne sait pas ni combien cela peut coûter. Quelle sera la fiabilité résultante : on ne sait pas. Pourra-t-on toujours voler en transatlantique avec des bimoteurs (réglementation ETOPS - vous imaginez tous les avions au sol sauf les A340, A380, et B747 ...) : on ne sait pas. D'un autre côté, combien coûte un avion au tapis : 1 milliard d'Euros environ, supporté in fine par les voyageurs à travers les prix des billets. Qu'elle est la probabilité que cela arrive : on ne sait pas. Quel est le prix politique à payer pour celui qui a autorisé les vols : on en a une idée.

Le décisionnaire doit donc comparer deux alternatives qu'il ne sait pas quantifier. Je n'aimerais pas être à sa place et je trouve profondément injuste de critiquer les personnes qui se trouvent dans cette situation.

Troisième point. On entend beaucoup de soit disant spécialistes sur les ondes. Pour le moment on n'a entendu personne de Snecma, Rolls Royce, GE, Pratt & Whitney, Airbus ou Boeing. Ils vous diraient que les moteurs n'ont pas été prévus pour fonctionner dans ces circonstances et que l'on ne peut rien dire sans faire des essais. En attendant voici une photo d'une ailette d'un réacteur d'un F18 finlandais : http://www.ilmavoimat.fi/index_en.php?id=1152

Quatrième point, on ne modifie pas tous les couloirs de circulation aérienne européenne du jour au lendemain pour par exemple voler plus bas. Imagineriez-vous passer de la circulation à droite à la circulation à gauche dans la nuit sans aucun préavis...

Par Bertrand Ricque - Publié dans : Travail
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Jeudi 8 avril 2010 4 08 /04 /Avr /2010 08:41

Un collègue allemand s'est donné le mal de reconstituer 15 années de travail à travers les contributions à un forum : http://www.abnormaldistribution.org/2010/04/07/engineering-discussions-of-discussions-the-york-list-after-15-years/

 

Cà avance, lentement mais sûrement.

Par Bertrand Ricque - Publié dans : Travail
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Vendredi 5 février 2010 5 05 /02 /Fév /2010 13:48
Le génie logiciel, science jeune s'il en est, reste encore trop (à mon goût) confiné comme un domaine à part.

Il fut une époque pendant laquelle les équipements, aussi complexes soient-ils, étaient basés sur des composants physiques, voire tout simplement mécaniques. Les défaillances de ces équipements, et donc les risques qu'ils présentent pour leur utilisateur, pouvaient être quantifiés à partir de la connaissance de la fiabilité de leurs composants. C'est encore aujourd'hui le but des Analyses des Modes de Défaillance, de leurs Effets et de leur Criticité. Une voiture des années 80 en est un excellent exemple.

Puis vint le logiciel. De par ses caractéristiques, il est difficile (et encore quasi impossible de nos jours) de lui faire subir la même analyse. La plupart des normes, codes, pratiques et réglementations séparent donc les systèmes en :
* une partie analysée de manière "probabiliste" (c'est à dire que l'on peut quantifier ses défaillances) qui contient généralement les équipements physiques,
* et une autre partie que l'on considère comme "déterministe" (c'est à dire que l'on considère que ses défaillances ne sont pas quantifiables mais déterminées intrinsèquement) qui est constituée du logiciel.
Il s'en suit que la fiabilité des systèmes d'aujourd'hui est quantitativement exclusivement déterminée (dominée) par leur part probabiliste. Cela ne pose pas (encore) de problème tant que la part "mécanique" des systèmes reste dominante.

Les systèmes du futurs ne ressembleront pas aux systèmes actuels en ce sens que soit  parceque :
* leurs modes de défaillance principaux seront ceux du logiciel. Si vous prenez l'exemple d'autoroutes automatisées, la probabilité d'avoir un accident sera bien plus liée au fonctionnement du système complet qu'à la probabilité d'avoir un pneu crevé. C'est la cas où le fonctionnel prend le pas sur le matériel.
* les aspects matériels seront différents des caractéristiques actuelles des équipements. Dans l'exemple d'un équipement fait de nano-matériaux, dont la forme et les propriétés sont en permanence changeants, il n'est pas dit que les méthodes actuelles probabilistes soient applicables.

Il en résulte que l'état de l'art de l'analyse de la fiabilité des systèmes ainsi que les méthodes de conception qui en découlent ne sont pas adaptées à la conception des systèmes du futur. Il me semble probable que les approches de l'ingénierie système et du génie logiciel à travers les propriétés des systèmes sont les plus adaptées aux besoins émergents. Malheureusement les possibilités de quantification de ces propriétés sont loin d'être un consensus entre les théoriciens du sujet. C'est donc un chantier intéressant à creuser dès maintenant.
Par Bertrand Ricque - Publié dans : Travail
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